EPIGN : Protection – Sécurisation

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Protéger les personnalités à risque

La protection d’autorités constitue l’une des deux grandes missions de l’EPIGN.

Pour les deux sections de sécurité commandées par quatre officiers, cette protection de personnalités s’exerce en France et à l’étranger dans différentes ambassades. D’ailleurs, il ne sera pas rare que plusieurs missions soient effectuées en même temps, ainsi, en 1997, au Zaïre, au Congo et en Algérie simultanément. De même, durant l’opération Restore Hope en Somalie, une équipe va travailler dans l’ambassade de France à Mogadiscio, tandis qu’une autre effectuera une EVAC à Addis-Abeba en Éthiopie.

La protection en France s’effectue au profit de plusieurs autorités militaires (CEMA, CEMAT), de généraux étrangers de « pays à risque » (Israël, Tunisie, Turquie, etc.), de délégations militaires étrangères (récemment le CEMAT espagnol ou le commandant des forces stratégiques américain) invitées par le ministère de la Défense, ou encore lors d’événements exceptionnels : la visite du Pape ou la Coupe du monde en 1998. La protection peut aussi concerner des personnalités civiles susceptibles d’être menacées : le directeur de la gendarmerie, le directeur de l’institution pénitentiaire, des sénateurs, des députés et des témoins dans des procès très sensibles.

Ce type de protection de personnalités est aussi réalisé a l’étranger, avant tout au profit des diplomates, en particulier sur le continent africain, où les principales missions ont été réalisées. Ainsi, celle menée en 1997 au Congo-Brazzaville est exemplaire tant par sa dureté que par sa longueur. La mise en place des éléments de l’escadron commencera avec le départ des forces du COS lors de l’opération Pélican. A ce moment-là, tous les ressortissants étrangers le désirant ont été récupérés et aérotransportés hors du pays en guerre. Dans l’ambassade de France vont se retrouver 30 gendarmes, dont 10 de l’EPIGN, sous le commandement d’un officier de l’EPIGN responsable du dispositif de protection.

La mission pour les gendarmes parachutistes consistera à assurer en priorité la protection de l’ambassadeur et d’une dizaine de personnes présentes sur place. Même durant les accalmies en juillet 1997, les gendarmes auront à se déplacer avec deux voire trois voitures blindées, et devront surtout garder leur sang-froid à tous les barrages. Plusieurs fois, des incidents très graves seront évités grâce à la capacité de négociation et au sang-froid des gendarmes parachutistes, à leur connaissance du terrain.

Comme ils le diront, « Il fallait toujours être sur la défensive, mais surtout ne pas le montrer. Aussi, jamais nous ne nous sommes déplacés avec des tenues militaires, des gilets pare-éclats, seulement un gilet en toile type reporter, même face à des belligérants armés jusqu’aux dents. » De l’avis de tous, cette mission est considérée comme la plus difficile, car chaque jour, les bâtiments de l’ambassade furent pris pour cibles, les gendarmes parachutistes étant seuls pour effectuer leur mission, les unités de combat françaises ayant quitté le Congo.

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Quasiment dans le même temps, en avril-mai 1997, une mission de protection sera aussi installée à Kinshasa au Zaïre (devenu maintenant République démocratique du Congo) pour protéger l’ambassadeur. Il n’y aura pas de combats comme dans la capitale voisine, mais des scènes de pillage et en Afrique, comme on dit, « la situation peut soudain exploser et tout peut se produire » . Les gendarmes de l’EPIGN lors de cette mission (comme dans toutes les missions de renfort de sécurité où ils ont été engagés : Salvador, Somalie, Éthiopie, Algérie…) ont procédé à l’extraction et à l’évacuation de ressortissants français et européens en liaison avec les commandos-marine du COS positionnés à Brazzaville de l’autre côté du fleuve Zaïre.

La mission en Algérie est identique, avec une menace islamiste forte. Toutefois, à la différence du Congo ou du Zaïre, les gendarmes de l’EPIGN travaillent dans un Etat fort avec des forces armées et de police sur lesquelles on peut compter. Pour le détachement de l’escadron, sous le commandement d’un officier (détaché de l’EPI en permanence et par roulement), il s’agit depuis des années d’assurer la protection des autorités diplomatiques franç aises, qui sortent dans un périmètre sécurisé , avec une protection supplémentaire assurée par les Algériens. En fait, tout déplacement est officialisé, et les préfets des Willayas sont prévenus ; les dispositifs lourds se sont cependant allégés avec la disparition de nombre de groupes islamistes.

Un dispositif « lourd » de protection

Le nouveau qui arrive dans les sections de protection est déjà formé , mais il suivra tout de même la mission « en doublure » , étant « parrainé » par un ancien. Après un an dans l’unité, il devient opérationnel, et est envoyé en Algérie (tous sont allés au moins une fois dans ce pays). Ce type de mission est confié à des éléments ayant une expérience, une maturité certaine et aussi un bon niveau culturel.

La sécurité, ce n’est pas que la protection ; elle implique aussi la « prise en charge » d’une autorité avec des mesures globales de sécurité, un audit systématique avec un dossier d’objectif, la connaissance de toutes les menaces possibles, la reconnaissance des lieux et des liaisons avec les autres services pouvant participer à l’opération. Ainsi, la mise en sécurité des sites passe, en zone de gendarmerie, par le travail des « chiens explos » , par le conseil auprès du commandant de groupement de gendarmerie de la zone, par le stationnement de véhicules d’observation. C’est encore les « yeux de techniciens » quand l’opération s’inscrit dans un dispositif policier.

Comme le dira le capitaine F., « si on est autonome, nous devons être capables de traiter tout ou partie du dossier à la demande. Ainsi, lors de la Coupe du monde de football, nous avons échangé toutes les informations possibles avec le GIGN et le RAID sur les intentions potentielles de prise d’otages. »