EPIGN : Recrutement et tests de sélection

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Les tests de sélection pour intégrer l’EPIGN se déroulent une fois par an. Sur une semaine, les candidats sont soumis à différentes épreuves reproduisant les situations rencontrées sur le terrain.

TESTS DE SÉLECTION

10-tests-formation-epign-g.jpgLes tests de sélection de l’EPIGN se déroulent une fois par an, sur une semaine. Après leur prise en compte par l’unité, les candidats sont aussitôt mis en condition d’examen. Les nuits sont courtes et la fatigue apparaît très vite. Les candidats doivent relever le défi de nombreuses épreuves telles le test de combativité (deux candidats s’opposent pendant de courtes minutes sur le ring), le parcours aérien (composé d’installations en altitude comme le pont de singe, le saut de puce…), le saut de pont et le parcours de stress (il se déroule en nocturne et soumet le candidat à des situations extrêmes de stress).

Récit des tests de sélection

Fabien s’avance sur le bord du pont. Devant lui, la forêt de Mondésir (Essonne), roussie par le mois de novembre. A vingt mètres sous ses pieds, un membre de l’Epign l’observe.

Fabien fixe l’horizon, son regard est sûr. Il prend une dernière inspiration lui donnant de l’assurance. Il est décidé. Il fléchit les jambes et s’élance dans le vide, les bras écartés. La chute est rapide. Les cordes qui le retiennent claquent avant de l’entraîner dans un mouvement de balancier. Puis elles se déroulent pour lui faire toucher le sol en douceur. Il vient de passer une des épreuves décisives des tests de sélection de l’Epign.

« Quelques courbatures, mais je tiens bon » lâchera-t-il avant de rejoindre une des piles du pont pour l’épreuve d’escalade.
Une vingtaine de mètres à monter à la force des mains et des pieds l’attendent, sans prises installées. Trois « secs » sur la corde (interruption demandée par le candidat) et c’est la fin de l’épreuve.

« Ce qu’on veut tester, c’est la volonté du candidat », Christophe du bureau instruction, précise que chaque épreuve a sa raison d’être. Elles permettent de reproduire des situations rencontrées sur le terrain. « Le candidat qui ne parvient pas à faire le saut de pont ne pourra pas sauter d’un avion » Pour l’heure, un seul n’y est pas parvenu.

A la fin de ce deuxième jour de test, quarante-sept candidats restent encore en lice sur les cinquante-cinq du départ. Et la nuit ne sera pas de tout repos…

Ces tests comprennent aussi des épreuves juridiques, car les gendarmes travaillent dans un cadre légal très lourd, « pour que la procédure soit valable » , ainsi que des évaluations de connaissances en matière d’armement et de culture générale.
« On juge un candidat en fonction d’une moyenne, précise le commandant V. , en fait, nous testons les candidats sur la durée et, chaque année, nous modifions les épreuves pour éviter que les nouveaux volontaires ne connaissent par leurs prédécesseurs les différents obstacles. »

II faut savoir qu’à chaque classement, un écrémage est réalisé avec le renvoi en unités des derniers. A l’issue de la sélection, il y a une série d’entretiens avec un « jury » composé par les officiers et des instructeurs. Le candidat sera ainsi jugé en fonction de la notation obtenue au cours des tests, mais aussi en fonction de son dossier et des avis du commandant du peloton. On considère que sur cent candidats, il ne reste qu’une dizaine d’élus, et encore ce pourcentage tient-il aussi au nombre de départs en retraite, 38 ans pour les gendarmes et 44 ans pour les majors, qui nécessite un certain nombre de nouvelles recrues

Le stage probatoire

11-tests-formation-epign.jpgLa semaine de tests passée, les candidats retenus sont appelés à effectuer le stage probatoire. Durant trois mois et demi, ils continuent d’être testés tout en apprenant les bases de leur future fonction. Yves, Patrice, Georges, Geffrey, François et Cédric, récemment brevetés, s’en souviennent très bien.

« Le stage probatoire est très physique, nous nous retrouvons à camper dans toutes les conditions: froid, pluie, sous des toiles de tente ou dans des bâtiments désaffectés. » François revoit ces moments en les racontant, il reconnaît la difficulté de ce stage, « mais ça en vaut la chandelle tant les missions de l' »Epi » sont excitantes. »

Tenir bon

Le stage probatoire a pour vocation de pousser les candidats dans leurs derniers retranchements. Les conditions sont extrêmes et reconstituent celles rencontrées sur le terrain. La fatigue se fait vite ressentir, le découragement n’est jamais loin mais, « Il faut tenir bon, quoiqu’il arrive, rester motivé » , le lance Geffrey.

« Nous nous retrouvons dans des situations telles que la cohésion est forte. Voir partir l’un de nous affecte le groupe et nous remet en question. » Le stage probatoire constitue le second niveau de sélection des candidats à l’Epign. A n’importe quel moment l’un d’entre eux peut regagner son unité d’origine.

« Nous éliminons les candidats qui échouent aux épreuves ou qui ne correspondent pas au profil recherché» , confie Andréa, major à l’escadron, « mais si nous estimons qu’il a le potentiel, nous l’invitons à se représenter » . Les militaires de l’EPIGN sont amenés à effectuer des missions longues qui demandent une maîtrise parfaite de soi, de ses réactions. Pour autant, ce ne sont pas des surhommes : volonté et entrainement physique permettent de surmonter les épreuves. François le reconnait. Il ne pensait pas en avoir les capacités mais il a su se surpasser pour atteindre son objectif. Il n’existe qu’une clef pour accéder à la réussite, c’est la volonté .

STAGE PROBATOIRE

Pour être titularisées, les jeunes recrues de l’EPIGN doivent enchainer sept mois de formation supplémentaires. Ils devront montrer une maitrise parfaite des sports de combat, de la reconnaissance d’explosifs, des gestes de secourisme…

Pour les mettre à l’épreuve: ils sont confrontés à des exercices en situation réelle.

Retour sur deux exercices du stage protection.

Durant les trois mois de formation qui se déroulent au sein de l’escadron, le gros du travail va être réellement mis en œuvre. Le candidat va devoir tout apprendre de la spécificité de l’unité, à savoir la capacité de gérer le collectif, d’analyser la situation et d’avoir l’intelligence de réaction. L’élément doit pouvoir prendre la direction d’un détachement de trois ou quatre personnes à l’étranger et le commander en totale autonomie. Durant ce stage, l’aspirant EPIGN va apprendre à « savoir être et savoir réagir », à pouvoir « basculer » d’une protection en milieu africain à une autre à Paris avec le chef des armées.

Il devra toujours garder la spécificié gendarmerie, c’est-à-dire que même au sein d’une guerre civile comme au Congo-Brazzaville, la réaction du détachement ne sera pas celle d’un conflit ouvert. Beaucoup d’éléments interviennent au cours de ce stage de formation qui le rendent particulièrement éliminatoire. En témoignent les chiffres de 1999 où, sur 23 éléments ayant réussi la sélection, seulement 9 ont finalement été retenus à la fin du stage. « Nous préférons être en léger sous-effectif, déclare le capitaine F, plutôt que d’aligner un effectif complet, mais avec des éléments qui ne sont pas assez mûrs pour servir dans l’unité. »

En ce qui concerne les officiers de l’unité – on compte de six à neuf candidats par an pour une place – , ils passent des tests identiques aux gendarmes et aux sous-officiers, puis sont « pris en doublure » lors de missions d’observation et de sécurité, pour être rapidement mis en situation de responsabilité. Ensuite, ils suivent la formation nautique et TAP pour les missions GOR, avant d’être « lâchés en pré-autonomie » avec toutefois toujours à leur côté un officier plus ancien. Ce n’est qu’après deux années au sein de l’EPIGN que l’on considère qu’un officier possède suffisamment de connaissances pour diriger une mission.

Un officier effectuera cinq ans dans l’unité puis, après une affectation dans une unité départementale de la gendarmerie, il pourra soit revenir à l’EPIGN, soit au GSIGN. L’EPIGN est organisé en un état-major, comprenant le commandant de l’unité et le commandant en second et quatre « groupes » : le groupe d’observation et de recherche (le GOR), le GSO (groupe de soutien opérationnel) et les deux sections de sécurité, comprenant chacune 2 officiers et 40 sous-officiers. Soit au total, 7 officiers 3 et 121 sous-officiers (pour un effectif théorique de 7 officiers et 132 sous-officiers).

Texte: Gendarme Sébastien Poirée – Photographies: Adj. Gérard Ledig
Extrait du magazine GEND’info n°274