Le GIGN en milieu carcéral (2005)

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Toute intervention relève, en milieu carcéral, du risque maximal pour les forces de l’ordre. Dans un contexte de crise latente, où tout peut exploser au moindre incident, les sentiments de violence à leur encontre sont exacerbés. Lorsqu’une situation de crise dégénère intra-muros, le recours au GIGN est quasi systématique.

Le 24 novembre 2003 restera une date marquante dans l’histoire de la maison d’arrêt de Moulins-Yzeure (Allier). Ce jour-là, un groupe de détenus prend en otage cinq surveillants d’atelier. L’un d’entre eux, blessé d’un coup de cutter à la gorge, est libéré.

Ce geste met en évidence la dangerosité des personnes retranchées dans l’atelier. L’administration pénitentiaire sait désormais que le dénouement de cette affaire n’est pas à la portée de son personnel. Le directeur de la maison d’arrêt fait appel aux ERIS, puis, sur leur conseil, aux forces de l’ordre compétentes. Le commandant de compagnie, puis le commandant de groupement de gendarmerie sont alors prévenus. L’état des lieux laisse apparaître toute la difficulté technique de la situation : 32 preneurs d’otages, munis de divers outils devenus armes par destination, retiennent 4 surveillants dans un atelier.

Dans ce vaste espace, fermé par de lourdes portes que les détenus peuvent souder à loisir, la plupart des caméras ont été détruites. Estimant que ses moyens sont insuffisants au regard de la situation, le commandant de groupement décide de faire appel au groupe d’intervention. Après avoir sollicité le préfet et le procureur de la République, il fait appel à la direction générale pour que le GIGN intervienne. Tout va alors très vite. En attendant la réponse de la direction générale, le chef de mission, le chef d’escadron M., commence à préparer son dispositif et prend un premier contact avec le commandant de groupement afin de recueillir le maximum de renseignements sur la prise d’otage et les dispositifs en place. Il transmet ses premières consignes.

14 heures: la direction générale donne son accord et le déploiement des forces est lancé. C’est la phase 2. Le gros de l’équipe du GIGN quitte Versailles à bord d’un Puma de l’armée de Terre. Le reste du dispositif suit par la route.

A 16 h 30, les premiers hommes arrivent sur place. La phase 3 peut commencer. Le chef de mission se renseigne sur la situation et ses dernières évolutions. Il coordonne son dispositif avec ceux déjà mis en place par l’administration pénitentiaire, les Eris et les gendarmes. Très vite, il installe une équipe d’assaut d’urgence qui pourra intervenir si la situation dégénère. Entre-temps, le deuxième groupe est arrivé Le dispositif du GIGN, fort de 55 hommes! est au complet.

Pendant la phase 4 de l’opération, l’équipe d’assaut délibéré se met en place et les négociateurs se préparent. Le chef de mission expose les faits à ses hommes, ainsi que toutes les hypothèses tactiques qu’il a préparées, et qui ont été validées par le préfet. Ce dernier est présent sur les lieux, au sein de la cellule de crise regroupant le directeur de l’établissement, le procureur de la République et le commandant de groupement. Le déclenchement des négociations permet d’établir un premier contact avec les preneurs d’otage. L’analyse de leurs réponses met en lumière la présence de deux meneurs au sein du groupe de détenus et confirme la présence de quatre otages. Cette phase, pendant laquelle les revendications des mutins vont être prises en compte, va durer plusieurs heures. Parallèlement, le GIGN va affiner son dispositif en mettant en place différents capteurs, humains et électroniques (caméras, micro…).

fleche_retour LES ERIS

Suite à des tentatives d’évasions violentes dans plusieurs maisons d’arrêt, le ministre de la Justice, Dominique Perben décide en février 2003, la création d’Équipes régionales d’intervention et de sécurité (Eris) spécialement formées et capables d’intervenir rapidement pour renforcer le personnel pénitentiaire lors d’événements exceptionnels au sein des prisons, maintenir ou rétablir l’ordre, consolider la surveillance d’une activité ou d’un quartier, les opérations de fouilles en cas de tensions.

Le recrutement est réalisé au sein du personnel de surveillance. Les candidats suivent une formation de 6 semaines, notamment avec le GIGN, sur les techniques d’intervention, le commandement et la cohésion d’équipe.
Cette formation permet aux Eris d’intervenir avec l’équipement approprié, de maîtriser les réactions de crise, d’appréhender les origines du stress et les techniques de débriefing, d’apporter une expertise aux chefs d’établissements dans la gestion de l’armement et des matériels de défense. 230 membres sont aujourd’hui mobilisables.
Les Eris s’entraînent régulièrement avec les gendarmes. Plusieurs fois par an, le groupe se rend dans un établissement pénitentiaire pour affiner le travail en commun avec les Eris. Avec la création des Eris, le GIGN reste une force de concours, actionné en dernier recours, mais toujours disponible.