Hubert Bonneau, ex-chef du GIGN mis en cause pour le Bataclan et Dammartin, répond à ses accusateurs

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le colonel commandant le gign

Le général de division Hubert Bonneau, 52 ans, ancien commandant du GIGN (septembre 2014 – avril 2017), a reçu longuement L’Essor pour répondre aux violentes critiques concernant sa conduite de l’opération de Dammartin et la non-intervention du groupe au Bataclan. La première salve date de juillet 2016. Le Canard enchaîné publie des extraits d’une lettre anonyme de trois pages. Signée “L’esprit de l’inter”, elle émane de certains sous-officiers du groupe qui dénoncent sa non-intervention, le 13 novembre 2015 au Bataclan (80 morts). Le même courrier avait été envoyé auparavant à la direction de la Gendarmerie.

Le général Bonneau qualifie les auteurs de cette lettre anonyme de “gens méprisables qui avancent masqués”. Il se dit aussi en “colère parce que ces méthodes nuisent à l’image du GIGN, unité connue et reconnue dans le monde entier”. Il assure aussi “ne pas comprendre les motivations” des auteurs de ces propos, ajoutant : “Si certains n’acceptent pas les évolutions d’un groupe, ils doivent avoir le courage d’en tirer les conséquences et de partir”.

Enquêteur de la police judiciaire au Bataclan, le lendemain des attentats de 2015 (Ph: M.GUYOT/ESSOR)
Enquêteur de la police judiciaire au Bataclan, le lendemain des attentats de 2015 (Ph: M.GUYOT/ESSOR)

Ce vendredi soir, le GIGN, positionné à moins de deux kilomètres du Bataclan, n’était pas intervenu. “Nous n’avons jamais connu pire commandement que l’actuel. Il ne fait preuve d’aucune initiative. On n’avait pas besoin d’attendre les ordres de Beauvau pour intervenir”, écrivaient ces sous-officiers, se disant “scandalisés” et “traumatisés”.

Hubert Bonneau, qui a passé 14 ans à l’EPIGN, puis au GIGN, confie : “Je n’ai pas reconnu mon unité” dans ces propos.  “Ces gens sont minoritaires et bien souvent en délicatesse avec l’Institution, ils ont mis la Gendarmerie en difficulté par leurs déclarations”.

Le GIGN n’est pas une unité de cow-boys

Il rappelle que le GIGN a été engagé “en réserve d’intervention”, le soir du 13 novembre 2015 par la direction de la Gendarmerie. Les sections d’alerte 1 et 2 ont été déployées dans la caserne des Célestins, près de la Seine, prêtes à intervenir sur ordre pour un autre attentat à Paris. “L’intervention de la BRI et du Raid au Bataclan a été bien menée et à quel titre certains peuvent dire avec certitude “le GIGN aurait pu sauver des vies”? C’est irresponsable”. Pour Hubert Bonneau, “le GIGN, ce n’est pas une unité de cow-boys qui, de leur propre initiative, vont mener des opérations où bon leur semblent en s’affranchissant des ordres reçus”.

La seconde salve est tirée le 22 février 2019, alors que le général Bonneau n’est plus aux commandes du GIGN depuis près de deux ans. Cette fois-ci, des gendarmes anonymes de l’unité, dans une double page du Monde, mettent en cause la conduite de l’opération du 9 janvier 2015 à Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne), ayant abouti à la neutralisation des frères Kouachi, auteurs de la tuerie de Charlie Hebdo.

Le Monde écrit, citant un gendarme, :  “Une intervention brouillonne lors de laquelle nombre d’officiers ont failli”. Un autre parle d’un “cirque”, ajoutant : “On était plusieurs centaines (le GIGN compte alors 380 personnels, ndlr). Tout le GIGN était là, surtout ceux qui n’avaient rien à y faire. Et ceux qui auraient du gérer ne l’ont pas fait”.

Intervention du groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) lors de la prise d’otage à DAMMARTIN-EN-GOELE, suite à la tuerie au siège de Charlie hebdo par les frères Kouachi.

Le général Bonneau répond : “Ca n’a rien à voir avec un cirque. L’opération a été engagée la veille pour la traque des frères Kouachi avec 140 personnels du GIGN (de la force d’intervention, de la force observation recherche, de la force sécurité protection, un état-major opérationnel et de la logistique). Au matin du 9 janvier, il y a eu une bascule des forces sur Dammartin. Nous étions en mesure, disposant sur place des hélicos du GIH (groupe interarmées d’hélicoptères) et de la Gendarmerie, de réorganiser à tout moment notre dispositif en cas de survenance d’un autre attentat”.

Ce n’était pas non plus une opération spectacle, destinée à montrer le Sherpa, le nouveau véhicule d’assaut blindé”, réfute Hubert Bonneau : “Le Sherpa a été engagé comme outil tactique pour aller récupérer, au premier étage de l’imprimerie, un employé qui était caché”.

L’opération de Dammartin a été menée “proprement”

“Le tempo de l’opération, poursuit-il, avait été fixé en fonction de la prise d’otages à l’hyper cacher de Vincennes en cours”. Les responsables avaient projeté une opération simultanée à Dammartin-en-Goêlle et à Vincennes mais la sortie des frères Kouachi de l’imprimerie a bouleversé ce plan, obligeant le GIGN à neutraliser les frères Kouachi et à aller délivrer l’employé caché.

“Mes officiers ont fait leur travail”, assure Hubert Bonneau. Dès le début de la matinée, le GIGN, précise-t-il, avait proposé aux autorités un plan d’assaut d’urgence si les frères Kouachi tiraient à l’intérieur du bâtiment ou tentaient une sortie d’urgence. Un plan accepté par le directeur de la Gendarmerie, Denis Favier, et par le procureur de la République de Paris, François Molins, tous deux présents sur place.
Cette opération a été menée proprement. Comme dans toute opération, il y a eu des imperfections car tout ne se déroule pas toujours comme prévu mais le GIGN n’a, à aucun moment été défaillant“, affirme le général Bonneau.

Après l’opération de Dammartin, plusieurs Retex (retour d’expérience) ont été menés. Des enseignements en ont été tirés et présentés au plus haut niveau de la Gendarmerie : sur le plan technique concernant la protection des personnels et l’évolution de l’armement; sur le plan tactique en imaginant des procédures de projection plus légères adaptées aux situations d’urgence en matière de terrorisme, explique le général Bonneau.

“Fier de mes hommes”

“Je suis fier du comportement des mes hommes tout au long de la traque des frères Kouachi et fier d’avoir commandé cette unité. Elle qui compte beaucoup de caractères bien trempés, ce qui explique que, parfois, les rapports internes entre sous-officiers et officiers sont un peu musclés mais toujours francs”, dit le général Bonneau qui a “toujours laissé ouverte la porte de son bureau”.

“Ces critiques n’ont pas toujours été faciles à vivre mais je peux me regarder sans aucun problème dans une glace. Si tout ce qui a été dit était vrai, j’aurais été démis de mes fonctions sur le champ”, conclut-il.

Au Quai d’Orsay, comme directeur de la sécurité diplomatique, Hubert Bonneau, supervise la mise en sécurité des quelque 500 emprises diplomatiques et 500 instituts français implantés à l’étranger, celle des 3.500 agents diplomatiques expatriés et à la protection des ambassades et des consulats. Il dirige 700 personnes affectées à ces tâches de sécurité (une centaine d’agents à Paris, 500 gardes de sécurité et une centaine de policiers et de gendarmes dédiés à la protection d’ambassades).

Saint-cyrien et diplômé de l’Ecole de guerre, Hubert Bonneau à 34 ans de service derrière lui : “Je suis né gendarme et je compte bien retourner en Gendarmerie”.