Les méthodes du GIGN pour intercepter les go fast

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Herses, murs de flammes, bolides: les gendarmes disposent d’un arsenal pour stopper ces convois de drogue. Sur l’A10, ils viennent de saisir 558 kg de cannabis.

À la pointe de la traque contre les go fast, techniques employées pour faire remonter de la drogue via des moyens de transport à grande vitesse, le Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) multiplie les coups de boutoir contre les organisations criminelles. Le 10 mars dernier au matin, avec les militaires de la section de recherches d’Orléans et de la brigade de recherches de Lucé, les gendarmes d’élite ont intercepté un convoi transportant 558,4 kg de résine de cannabis sur l’autoroute A 10, au niveau de Châtellerault.

Valeur de la marchandise? Près de 4,5 millions d’euros. La drogue avait été chargée dans des «valises marocaines», à bord d’une voiture «porteuse», précédée par un véhicule «ouvreur», conduit en éclaireur par un complice pour détecter l’éventuelle présence des forces de l’ordre. Ce qui a été raté cette fois-ci.

Missions à haut risque

Le coup de filet, mené dans le droit fil d’une première opération ayant permis de saisir fin 2021 quelque 343 kg de cannabis au péage de Janville-sur-Beauce, a en outre débouché sur l’interpellation de quatre malfrats et la saisie de onze véhicules, 120.000 euros en espèces, une compteuse à billets, une machine à graver des immatriculations, des plaques vierges ainsi que de nombreux articles de luxe lors d’une opération coordonnée dans le Loiret, en Eure-et-Loir et dans les Yvelines.

Pour mener à bien ces missions à haut risque et stopper ces bolides, qui foncent pied au plancher pour ne pas se faire prendre, le GIGN dispose d’un savoir-faire particulier et d’une solide connaissance du «milieu». «Les go fast peuvent filer au besoin jusqu’à 240 km/heure, mais les chauffeurs expérimentés, recrutés en raison de leurs compétences au sein d’équipes à tiroirs, font attention à la vitesse quand ils le peuvent pour ne pas avoir à refaire le plein toutes les deux heures», confie au Figaro le chef d’escadron Guillaume, chef adjoint de la «force intervention» du GIGN.

«Pour brouiller les pistes, les convois, composés de plusieurs voitures, varient sans cesse leur composition. La drogue, parfois glissée dans des caches aménagées dans le plancher, peut être chargée dans une troisième voiture roulant derrière deux ‘‘ouvreuses’’. Ou dans une berline suivant une camionnette utilisée comme leurre.» Afin de ne pas attirer les soupçons, les gangs renforcent aussi les suspensions pour maintenir à niveau le bas de caisse des Mercedes et autres Porsche Cayenne lestées de ballots.

Provoquer la sidération

Tendues et prêtes à tout pour sauver leur marchandise, les équipes voyagent armées de pistolets et parfois de fusils d’assaut de type kalachnikov, non pas pour affronter gendarmes et policiers, mais pour se défendre d’équipes rivales. «Notre mission est d’interpeller les auteurs vivants pour les remettre à la justice et de prendre la marchandise en toute sécurité, sans dommage pour la population qui peut être dans les parages», résume le commandant Guillaume. Susceptibles de passer à l’action à une barrière de péage, une aire de stationnement ou sur une route de préférence pas trop large, les opérateurs du GIGN disposent d’un parc automobile doté de puissants modèles banalisés – confisqués aux voyous pour certains – afin de remonter les convois sans être repérés.

Furtifs et ne passant à l’action qu’avec l’accord des magistrats, ils déploient des herses et divers moyens de diversion, dont de spectaculaires murs de flammes, pour provoquer un effet de sidération sur leurs cibles lors du «go». «Au moment de l’intervention, nous mobilisons entre vingt et trente gendarmes du GIGN circulant à bord de plus d’une douzaine de voitures pour ne laisser aucune échappatoire aux trafiquants, souffle le chef d’escadron Guillaume. Tout est fait pour ne jamais mettre en danger nos personnels ou un usager, quitte à retarder à un moment plus opportun l’opération si cette dernière comporte des risques trop importants.» Cela pourrait être le cas si les voyous, par miracle, parvenaient à sortir de la nasse pour s’enfuir à contresens sur une autoroute.

Relayé par sept antennes en métropole et sept autres en outre-mer, pour notamment intercepter les go fast maritimes dans les Antilles, le GIGN central, basé à Satory, enchaîne les séquences d’entraînement sur routes fermées, où sont éprouvés les scénarios les plus complexes. Selon nos informations, les supergendarmes, qui agissent sur le haut du spectre de la criminalité organisée, ont intercepté plus d’une vingtaine de convois depuis 2020, sans avoir eu à déplorer d’incidents majeurs. Depuis janvier, ils en ont rajouté trois au compteur et leur tableau tourne désormais à près d’un «harponnage» par mois.