La gendarmerie réfléchit à une évolution du GIGN (2018)

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Personnels de l'antenne du groupe d'intervention de la gendarmerie nationale (AGIGN) de Reims, en sécurisation des abords de la brigade de Vitry-le-François

Les antennes régionales jouent désormais un rôle important

La Gendarmerie est en train de tirer les conséquences de l’attaque terroriste de Trèbes, le 23 mars dernier. C’était la première fois qu’un tel événement se produisait en zone gendarmerie et le dispositif d’intervention, mis en place en 2016, a ainsi pu être testé. Sans le remettre en cause, il a sans doute besoin d’être amélioré, avec un renforcement des antennes régionales du GIGN (AGIGN), ex-PI2G, mises en place dans le cadre du Schéma national d’intervention du ministère de l’Intérieur. Ces antennes ont vocation à être des «  points d’appuis  », disposant de capacités spécifiques, comme l’action en mer à Orange ou à Nantes. Seul le GIGN central, à Satory, conserverait «  toutes les capacités  » d’intervention, mais aussi d’observation et de protection.

L’intervention à Trèbes montre comment les choses se passent dans le monde réel. Les premiers gendarmes arrivés sur place ont été ceux de la Brigade territoriale et du Peloton motorisé. Puis le PSIG (Peloton de surveillance et d’intervention de la Gendarmerie) de Carcassonne, suivi du PSIG Sabre (doté de capacités supplémentaires) de Narbonne et enfin l’Antenne GIGN de Toulouse. Transporté par voie aérienne depuis Villacoublay, le GIGN national est arrivé quelques minutes après l’assaut.

 
Comment commander un tel dispositif ?
La coordination est assurée par le commandant du groupement (département), mais on voit bien qu’il faut que tous ces éléments s’intègrent au fur et à mesure de leur arrivée. D’autant que les gendarmes ne maîtrisent pas forcément le tempo… «  La cinétique peut être extrêmement rapide  » explique-t-on à la Direction de la Gendarmerie. Il faut donc que les premiers arrivants sur place puissent intervenir, si nécessaire. Les notions de «  premier arrivant  » et de «  premier intervenant  » ne sont plus forcément valides face à un terroriste qui agit.

Cela pose évidemment un problème au GIGN central, qui ne peut espérer intervenir rapidement que dans un rayon d’environ 400 km autour de Satory (Yvelines). Sachant, par ailleurs, qu’il ne peut pas intervenir dans l’agglomération parisienne – en zone police…

Le GIGN tel qu’on le connaît aujourd’hui a été conçu par le général Favier, sur la base des menaces d’alors, essentiellement les prises d’otages massives ou multiples (POM) qui requièrent des effectifs importants, de l’ordre de 400.

Face à une menace plus diffuse sur le territoire, se traduisant par des attaques soudaines de la part d’individus isolés, le dispositif d’intervention doit s’adapter en se répartissant différemment. C’était l’idée du Schéma national d’intervention mis en place dans l’urgence après les attaques de 2015.

La Police nationale, dont l’action est beaucoup plus concentrée en zone urbaine, s’est réorganisée en fusionnant le RAID et les anciens GIPN, même s’ils restent des BRI notamment à Paris. Outre son unité centrale à Bièvres (Yvelines), le RAID dispose aujourd’hui de 10 antennes régionales dans les grandes villes de province (+ une à Nouméa).

Dans la Gendarmerie, les six antennes du GIGN de province (Toulouse, Reims, Dijon, Orange, Nantes et Tours) n’ont pas été fusionnées avec le GIGN central (1). Et ce n’est sans doute pas d’actualité. On sait combien cette unité d’élite, assurément l’une des meilleures du monde, est attachée à son identité. La fusion en son sein des anciens GIGN et EPIGN (Observation, Protection) n’avait déjà pas été un parcours de tout repos. Il lui faudra pourtant s’adapter à la nouvelle menace diffuse, tout en restant capable de faire face à des crises terroristes majeures. L’équation n’est pas simple à résoudre.

(1) Il existe aussi 7 unités outre-mer.