Thierry Prungnaud : la reconnaissance 27 ans après pour l’ancien du GIGN

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Thierry Prungnaud avec le pistolet Manurhin (le même qu’il avait lors de l’assaut), ses treize médailles et une brochure sur le GIGN © (Photo Patrick Lavaud)

Retour sur l’assaut de Marignane (1994)

Marignane. 26 décembre 1994, 17 h 12. Le top action de l’assaut est donné. Lui devant, les autres derrière. « Je l’ai mis en 6 », raconte Thierry Prungnaud en parlant du commandant du GIGN Favier (1). « La fonction prime sur le grade. » « Ce sont les anciens qui décident. »

Lui a décidé d’être le premier à entrer dans le cockpit de l’Airbus A300 F-GBEC du vol Air France 8969, tenu par quatre membres du Groupe islamique armé (GIA). « J’étais le plus vieux (NDLR 39 ans). J’ai fait mon boulot, il en faut un devant et un derrière », dit-il aujourd’hui, sans le moindre regret. C’est lui qui a pris le plus cher de tous les hommes de sa colonne. Sept balles dans le corps. Deux dans le gilet – qui lui a probablement sauvé la vie –, deux dans l’avant-bras, une dans la joue, les deux dernières dans l’épaule dont une que le terroriste lui loge, avec sa Kalachnikov, dans l’acromion. Celle dans le casque, qui atteint la joue, l’a « éjecté du cockpit ».

Au sol, il voit passer, à 20 centimètres au-dessus de lui, le feu nourri du terroriste qui tirait à l’aveugle. La scène « dure 5 secondes ». « La mort n’était pas loin. » Thierry Prungnaud a eu le temps d’en neutraliser trois (dont deux, morts sur le coup) ; « le quatrième, je ne l’ai pas vu, ça m’a empêché de dormir la nuit, je me demandais si j’avais bien fait mon boulot ». Il aura la réponse des années plus tard : le 4e homme, recroquevillé sous la tablette du mécanicien navigateur, qui tirait au coup par coup et non en rafale, a été éliminé par un membre de la deuxième colonne du GIGN venue de l’arrière de l’avion pour évacuer les passagers.

L’intervention, de nuit, sans lumière, avec des terroristes habillés comme le personnel navigant, est à haut risque. « C’est un groupe le GIGN, tout le monde a pris des risques », lâche, avec modestie, Thierry Prungnaud. Blessé, allongé sur le dos, pendant douze interminables minutes, il encaisse une grenade défensive soviétique « dans le cul » à 80 centimètres, une arme mortelle qui troue la carlingue de l’avion.
« Mitterrand me l’avait promis oralement » Dans tout son corps, des dizaines d’éclats témoignent toujours de l’extrême violence de cette attaque. Comme la balle enkystée dans l’épaule. Bilan : trois mois d’hosto, 19 anesthésies générales, un arrêt cardiaque, une maladie nosocomiale. Mais toujours vivant.

Dont Thierry porte encore les stigmates

À 65 ans, reconnu handicapé, à 100 % sur une partie du corps, Thierry Prungnaud paie toujours les conséquences de son acte héroïque, « j’ai fait une phlébite, une nouvelle affection liée à mes éclats de grenade dans le corps ». Depuis quelques années déjà, il souhaite que sa situation médicale soit prise en compte avec une augmentation de son aggravation. Les experts désignés lui accordent sa demande. Le tribunal administratif de Poitiers la récuse : « Il rejette le rapport de l’expert saisi par le TA (tribunal administratif) lui-même ». Le ministère des Armées a refusé vendredi 12 mars 2021 sa dernière requête pour aggravation.

Une nouvelle reconnaissance 27 ans après

Une éclaircie est venue cependant contrebalancer la rigueur des magistrats, – calés dans leur épais fauteuil, jugeant en droit et selon des critères chiffrés sans tenir compte de l’être humain en chair et en os – avec la médaille nationale de reconnaissance aux victimes du terrorisme (Journal officiel du 5 mars 2021) qui lui a été accordée, 27 ans plus tard, grâce à l’Association française victime de terrorisme (AFVT). « Je vais demander à Francis Gargouil (NDLR maire de Château-Larcher) qu’il me la remette », annonce Thierry Prungnaud. Qui attend toujours d’être élevé au grade d’officier de la Légion d’honneur. « Mitterrand me l’avait promis oralement. »

30 Jun 1994, Bisessero, West Rwanda – © Sam Kiley/Sygma/Corbis

Son livre, Silence Turquoise (2), a dénoncé un fait politique sur le génocide au Rwanda : « On nous a menti », assure-t-il. Lui qui a sauvé un bébé, dans ce pays à feu et sang, en fabricant un biberon avec un gant de chirurgien. Le petit Marcel (3), aujourd’hui âgé de 27 ans, mesure 1,90 m. « Il m’appelle papa. »

(1) C’est le seul de l’équipe qui n’a pas été blessé. (2) « Silence Turquoise », de Laure De Vulpian et Thierry Prungnaud. Édition Don Quichotte. (3) Avec les forces spéciales et le 13e RDP (Régiment de dragons parachutistes), le GIGN a sauvé les 800 derniers Tutsis de la colonne Bisesero.