«Top Action !» : Les ex-chefs du GIGN et du RAID livrent leur savoir-faire et leurs secrets

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Jean-Louis Fiamenghi (g) et Denis Favier (d) alors chefs du RAID et du GIGN, le 3 septembre 2007. (Arnaud Journois / Maxppp)

Les crises se sont multipliées ces dernières années, que ce soit la pandémie de Covid-19, le terrorisme, celle des « Gilets jaunes », ou encore la guerre en Ukraine. L’ancien directeur du GIGN, Denis Favier, aujourd’hui directeur de la sûreté chez TotalEnergies, et Jean-Louis Fiamenghi, ex-patron du RAID, qui occupe le même poste chez Veolia, publient ce jeudi 28 avril «Top Action ! Face aux crises».

C’est dans un livre que les anciens patrons du GIGN et du RAID, Denis Favier et Jean-Louis Fiamenghi, ont choisi de livrer les clefs indispensables à la gestion d’une crise, leur savoir-faire, mais aussi raconter leur expérience exceptionnelle. Un entretien croisé passionnant dirigé par Guillaume Farde, professeur affilié à l’École d’affaires publiques de Sciences Po, chercheur associé au CEVIPOF, que nous avons interrogé.

Actu17 : Vous avez dirigé un entretien dans lequel l’ancien commandant du GIGN, Denis Favier, échange avec Jean-Louis Fiamenghi, ex-chef du RAID, dans « Top action ! Face aux crises». A qui s’adresse ce livre ?

Guillaume Farde : Ce livre s’adresse à tous les managers du secteur public comme du secteur privé qui auront à affronter des crises. En mars 2020, la crise de la COVID-19 a plongé toutes les entreprises dans la crise. Il fallait fermer les usines, les magasins, les bureaux, rapatrier des salariés en urgence, se procurer des masques, organiser le télétravail… A cette occasion, j’ai observé que, dans beaucoup d’entreprises, les dirigeants se tournaient vers les directeurs sûreté pour gérer la crise alors qu’il ne s’agissait pas d’une crise de nature criminelle ou terroriste. S’ils le faisaient, c’est qu’ils trouvaient dans leur directeur sûreté, souvent ancien policier, ancien gendarme ou ancien militaire, une personne ressource, habituée à gérer des crises et, surtout, détenteur d’une méthode.

C’est cette méthode, tirée de leur expérience au sein des forces de sécurité intérieure, que livrent Denis Favier et Jean-Louis Fiamenghi dans « Top Action ! ». Il s’agit de dix postures à la portée de tous, que l’on peut mettre en œuvre avant, pendant et après les crises, pour bien les affronter.

Les crises peuvent toucher les dirigeants d’un pays, le patron d’une entreprise ou un chef militaire, comme vous l’expliquez en prologue. Quels sont les qualités qui vous ont semblé les plus essentielles pour bien gérer les crises dans les réponses de vos deux interlocuteurs, tout au long de vos échanges ?

Je dirais la maîtrise de soi, l’humilité et le courage. D’abord, la maîtrise de soi et de ses émotions est décisive. En situation de crise, beaucoup de chefs perdent leurs nerfs ou les passent sur leurs subordonnés. Cette attitude est contre-productive et j’ai vu en Denis Favier et Jean-Louis Fiamenghi des chefs très calmes qui, face à la crise, absorbent la pression à leur niveau pour éviter qu’elle perturbe le travail de leurs subordonnés.

L’humilité, ensuite, fonde l’autorité. Le chef n’a pas à être omniscient, encore moins à être condescendant ou distant. Il observe, il écoute puis il tire le collectif. Comme le dit très justement Denis Favier dans le livre, le chef n’est pas celui qui dit « en avant » mais « derrière moi ». D’ailleurs, en parlant d’humilité, Denis Favier que Jean-Louis Fiamenghi après des carrières exceptionnelles dans la Gendarmerie nationale pour l’un et dans la Police nationale pour l’autre, ont tout recommencé à zéro en rejoignant des grands groupes industriels.

Enfin, le courage reste déterminant dans la gestion de crise. Il ne s’agit pas du courage au sens d’agir en tête brûlée mais bien de la capacité à décider et à assumer les conséquences de ses décisions. Rares sont les femmes et d’hommes qui, en situation de crise, tranchent puis assument. Denis Favier et Jean-Louis Fiamenghi sont faits de ce métal rare qui caractérise les grands chefs.

Quelle est la crise la plus difficile que Denis Favier et Jean-Louis Fiamenghi évoquent dans leurs réponses ?

Pour Denis Favier, incontestablement la prise d’otages de l’Airbus d’Air France par des terroristes islamistes à Marignane, le 26 décembre 1994. Cette crise a été déterminante dans son parcours de chef et plus généralement d’homme. Quant à Jean-Louis Fiamenghi, il évoque, dans le livre, une prise d’otages au sein d’un bureau de poste des Yvelines en 2006. Le preneur d’otages avait incendié la salle des coffres où s’étaient réfugiés les employés. Pour sauver les otages, Jean-Louis Fiamenghi, alors chef du RAID, avait pris la décision, particulièrement risquée, d’un assaut en urgence, sous les balles, avec un temps de préparation très réduit. Les hommes du RAID ont pris tous les risques ce jour-là et les otages ont été sauvés.

Est-ce qu’il est nécessaire d’avoir affronté plusieurs crises pour savoir les appréhender avec réussite ?

Votre question est celle du capital expérience. Dans le cas de Jean-Louis Fiamenghi on n’arrête pas Yvan Colonna par hasard pas plus que dans le cas de Denis Favier on n’est propulsé responsable de de la recherche des frères Kouachi du jour au lendemain. La gestion de ces grandes opérations est le produit de dizaines d’années d’expérience faite consolidée par une multitude d’interventions. Certaines sont bien sûr moins risquées et moins complexes mais mises bout à bout, elles forgent l’apprentissage et le parcours de vie de Denis Favier et Jean-Louis Fiamenghi.

Pour ma part, je n’ai jamais eu à gérer la moindre crise ni jamais revêtu d’uniforme. J’ai cependant pu mesurer en préparant ce livre, que chaque policier ou chaque gendarme pouvait aspirer à avoir des destins similaires à ceux de Denis Favier et de Jean-Louis Fiamenghi, s’il s’engage et s’il donne le meilleur de lui-même au service des autres.

«Top Action ! Face aux crises» est paru ce jeudi 28 avril 2022 chez Mareuil Editions.