GIGN : la cellule négociation (2004)

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« Le pouvoir des mots »

La prise de contact, la tentative d’établissement d’un dialogue afin d’en venir à un règlement pacifique d’une prise d’otages ont toujours été partie intégrante des modes opératoires du GIGN depuis sa création.
Jusque-là réservée aux gendarmes présentant les meilleures dispositions en la matière, l’approche est devenue insuffisante face à la complexité croissante des situations de prises d’otages. Aussi est-il paru nécessaire de se doter de négociateurs spécialisés au début des années 90, le GIGN s’est alors employé dans cet esprit à codifier, structurer, élargir et développer une capacité régulièrement éprouvée en intervention depuis.

Pour devenir négociateur, il faut suivre une formation s’articulant autour de trois modules théoriques assortis d’une validation opérationnelle nécessaire à l’obtention du niveau supérieur. Cette formation de haut niveau est régie depuis le 8 février 2002 par une circulaire classée au mémorial.

Instruction spécialisée

Dans un premier temps, le futur négociateur suit une formation initiale sous la direction du chef de la cellule négociation, de spécialistes en communication et de médecins psychiatres. Il acquiert pendant une période de quinze jours, au travers de nombreux cours théoriques et d’exercices pratiques, les bases et les principes généraux relatifs à la négociation. Après l’obtention de cette Qualification à la Négociation de Crise de premier niveau (QNC1 ou négociateur assistant), le jeune négociateur sera engagé sur des missions à caractère passionnel (forcené), toujours accompagné par un négociateur confirmé.

Après quelques années nécessaires à la maturité professionnelle et technique, le négociateur assistant pourra accéder à la formation de deuxième niveau (QNC2 ou négociateur principal). Ce cours s’articule autour de la négociation dite « rationnelle », des prises d’otages, des enlèvements, des extorsions.

Le troisième niveau, celui de l’expertise (QNC3), concerne la négociation dans le cadre de la gestion de crises majeures, tant au niveau national qu’international. L’expert contribue également à des actions de formation en France comme à l’étranger.
Lors de résolutions de crises par la négociation, la connaissance des cultures est primordiale pour le négociateur. On ne s’adresse pas du tout de la même manière à un asiatique, un européen ou un arabe. Les gendarmes doivent aussi prendre la mesure des shémas qu’ils ont appris sur des situations existantes afin de ne pas réduire à ceux-ci.

Mais même si la négociation reste une pratique où le ressenti de l’équipe compte énormément, certains paramètres restent incontournables, constituant une sorte de théorie de la négociation. La finalité reste incontestablement le règlement pacifique de la crise.

L’équipe de négociation dans un climat de cohésion et de confiance totale, devra coordonner tous ces efforts pour trouver une issue sereine en respectant les règles de procédures et de conduites strictes.

L’apport de la cellule, auprès du commandant de l’opération mais également au niveau de l’autorité administratives, judiciaire ou politique en charge de l’évènement, peut être déterminant pour la compréhension et la gestion de la crise. Les savoirs faire, les outils qu’elle possède aujourd’hui, codifiés et déclinés en différentes techniques, vont lui permettre de déterminer une stratégie de négociation, d’être capable de traiter une demande de rançon, un ultimatum, des menaces…

Sur le plan tactique, sa totale imbrication au sein du dispositif opérationnel, qui fait l’objet d’une coordination par l’intermédiaire du « coordinateur négociation », va permettre d’accroître les chances de succès d’une éventuelle opération.
Au fil des expériences, le profil du négociateur devient plus précis, il sait faire preuve d’une meilleure capacité d’adaptation pour faire face à chaque situation. La négociation est avant tout une « science » où l’être humain est la clé de l’énigme.

« Des qualités humaines indéniables »

Le négociateur doit posséder des qualités de patience, d’écoute, de communication mais pas pour autant psychologue. Il doit comprendre avant tout le problème, ne pas chercher à vouloir le résoudre trop vite. Il doit utiliser les outils mis à sa disposition pour, comme un chirurgien, intervenir avec la plus grande minutie.

La cellule négociation regroupe une douzaine d’officier et se sous-officiers titulaires de différents niveaux de qualification. Son expérience est aujourd’hui reconnue internationalement. Certains négociateurs interviennent régulièrement lors de séminaires et dans la formation de plusieurs unités étrangères.

Comme l’intervention, la négociation n’a pas de frontières. Depuis quelques années, les négociateurs du GIGN participent à l’International Negociation Working Group où tous les experts mondiaux échangent leurs connaissances et leurs expériences, tentent d’harmoniser les procédures opérationnelles.

Une renommée internationale

Ils complètent également leur formation lors de stages auprès du Collège Canadien de Police et du FBI. Mondialement reconnue depuis peu en tant qu’expert dans la matière, la cellule négociation GIGN, mandatée par l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI°, a rédigé une mallette pédagogique de premier niveau dédiée à la formation de négociateurs étrangers.

Depuis 2003, cette formation a été délivrée à de nombreux élèves au Sénégal, en Afrique du Sud puis au Maroc. Le GIGN vient d’être mandaté officiellement pour la rédaction de la mallette de deuxième niveau adoptée par les 188 pays membres de l’OACI.

Méconnue jusqu’à présent, cette capacité détenue par la Gendarmerie Nationale, entretenue et constamment développée au sein de l’unité, permet de positionner l’outil de gestion de crise qu’est le GIGN à son juste niveau d’expertise dans le cadre de la lutte antiterroriste.

Il manque peut-être à cette cellule une formation psychologique et sociale afin de mieux prendre en compte les mécanismes qui agissent sur un homme ou un groupe.

Éléments fournis par la cellule négociation
Extrait de l’article paru dans le magazine n°268 de GEND’info.