GIGN : Le Groupe mitraillé (Presse)

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Mitraillé de plein fouet, à coups de points d’interrogation, un membre du Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale s’est exposé, sans gilet pare-balles, aux feux des questions que nous sommes venus lui poser, à chaud, en pleine période de menaces d’attentats et d’actions subversives.

A une époque où les menaces d’actions terroristes sont particulièrement pressantes en France comme à l’étranger, les regards se portent tout naturellement vers la première unité, créée il y a maintenant 13 ans pour y faire front: le Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale.

Admirés, critiqués, souvent sous les projecteurs de l’actualité, ses membres apparaissent parfois au public comme mythiques, désincarnés, à la frontière du réel et de l’imaginaire. Qui sont vraiment les gendarmes du GIGN ?

L’adjudant X. a 39 ans. Il est l’un des «vieux» du Groupe, puisqu’il y sert depuis 1973, date de sa création. Il a bien voulu se raconter simplement et sans complexe.

Actuellement comment devient-on membre du GIGN?
Il faut d’abord être gendarme et sous-officier de carrière, avoir donc effectué un minimum de quatre années de service militaire dont deux en gendarmerie, en faire la demande et être reconnu apte médicalement. Si ces conditions sont remplies, les candidats sont convoqués pour une semaine de tests psychologiques, physiques et médicaux très poussés à Satory à côté de Versailles. Ne seront retenus à ce stade, et en fonction du nombre de places offertes, qu’un candidat sur dix. Suivent alors huit mois d’entraînement très complet à l’issue desquels ils seront affectés à une unité opérationnelle ou renvoyés dans leur unité d’origine.

Combien êtes-vous, quelle est la moyenne d’âge et l’organisation?
En tout, le GIGN se compose de 4 officiers et de 81 sous-officiers. On s’organise en trois groupes opérationnels d’une vingtaine d’hommes et d’un groupe hors-rang chargé du secrétariat, de l’entretien, etc. La moyenne d’âge est de 31 ans.

Chaque groupe opérationnel est commandé par un sous-officier supérieur qui dispose de deux à trois équipes et d’une équipe cynophile. Il y a toujours un groupe en alerte 24 h sur 24 toute l’année. De quelle durée sont les affectations en moyenne? Dix à douze ans environ. Et après? Le retour à la «régulière»…

Certains se reconvertissent dans l’instruction interne à la Maison, d’autres servent dans l’assistance technique à l’étranger et plus rarement retournent dans une unité. Pour quelques-uns, c’est le retour dans le civil à des postes de sécurité ou de protection bien souvent.

Action et vie de famille, c’est un cocktail viable ?
Pour la grande majorité, nous sommes mariés et pères de famille et, aussi surprenant que cela puisse paraître, nous avons une vie de famille réelle. Cela s’explique, car nos interventions sont en général de très courte durée contrairement à nos homologues de la gendarmerie mobile.

Comme il y a un mythe GIGN dans le public, y a t-il un prestige particulier à être femme ou enfant d’un homme du GIGN?
Ça joue un peu. Les jeunes sont fiers de leur papa. Mais, croyez-moi il n’y a pas de frimeurs chez nous. C’est plutôt un mythe que l’on veut nous mettre sur le dos.

Quels rapports avez-vous avec les pouvoirs politiques?
Il n’y en a aucun. Le GIGN est une unité de gendarmerie et c’est donc sur ce point un organisme militaire comme un autre. En France, pays démocratique, c’est l’autorité civile qui est responsable de l’ordre public et, à ce titre, demande notre concours.

Et avec les services spéciaux ?
Au niveau des hommes du GIGN il n’y en a vraiment aucun. Il est cependant certain que parmi les techniques et les moyens que nous utilisons, on peut trouver des similitudes.

Quel entraînement particulier suivez-vous ?
On tire environ 12 000 cartouches par homme et par an. Footing tous les matins, avec en plus les sports de combat, la natation et la musculation. L’après-midi est articulée autour du tir toutes armes plus en alternance, escalade, parachutisme, exercices sur une base, maniement d’explosifs, etc.

Utilisez-vous souvent certains « gadgets » ?
Gadgets n’est pas le terme exact. Quand on intervient, on est amené à utiliser du matériel très sophistiqué du type écoutes murales, vision nocturne, endoscope pour regarder à travers un trou de serrure, système de visée à laser, canon à son, jumelles, photos…

Vos actions sont variées, quelles en sont les différentes facettes?
La protection de hautes personnalités représente une toute petite partie de nos activités actuelles. C’est nous qui, à l’origine, avons formé les hommes qui se chargent de la sécurité du Président. Ils sont actuellement autonomes. Notre vocation est d’intervenir dès qu’il y a action de terrorisme au sens large du terme (prise d’otage, détournement, etc.). C’est tout.

Partout dans le monde?
Oui, partout sur le territoire national et outre-mer. A l’étranger il faudrait que notre action entre dans le cadre d’accords internationaux, à la demande du pays concerné et sur ordre de notre gouvernement.

Quelles relations entretenez-vous avec les organismes comparables étrangers ?
Il y en a, mais c’est surtout nous qui recevons des stagiaires étrangers. Ils sont attirés par l’expérience et la notoriété acquises en treize ans d’existence.

Vous arrive-t-il d’avoir des cas de conscience?
Aucune mission ne m’a posé de cas de conscience jusqu’à ce jour. Chaque action a été mûrement réfléchie et, si un ordre d’ouverture de feu a été prescrit, c’est qu’il y avait un cas de légitime défense et de survie d’innocents.

Et d’avoir peur?
Oui et non. C’est plus une forme de trac que l’on ressent dans les cas délicats. Mais c’est très court, juste avant l’action finale. En fait, c’est plus une peur de l’échec. Dès que l’action est commencée, c’est fini, on n’a plus le temps.

Mais la peur au ventre?
Alors là non. Heureusement on est rodé. Sinon, on ne pourrait pas travailler. On serait tétanisé.

Les «super pro», c’est mieux payé?
Légèrement. En plus d’un gendarme, on a la prime de parachutiste. Mais pas de prime de risque, on n’est pas non plus payé à l’intervention (rires).

Vous arrive-t-il de travailler en civil?
On peut être amené, dans certains cas, pour des actions de protection ou de filature par exemple, à travailler en civil. Mais, nous intervenons généralement en tenue car, je le répète, nous sommes et restons des militaires même si nos missions sont particulières.

Propos recueillis par Jean-Patrick Coppin